(Ce texte a été rédigé par les premiers engagés, en amont de la création officielle de l’association. Il résume les valeurs initiales de l’engagement dans ce mouvement.)

Nous sommes le chirurgien qui opère votre cœur, l’infirmière de garde à l’EMS, la sage-femme qui accompagne votre accouchement, le médecin qui vous suit à l’hôpital ou dans son cabinet, le chercheur qui vise à repousser les limites de la science, nous sommes ces hommes et ces femmes en blouse blanche ou pas que l’on appelle professionnels de la santé. Nous nous sommes engagés dans des métiers que l’on sait éprouvants, autant physiquement que moralement.

Au cours des dernières décennies, l’innovation médicale a considérablement amélioré la vie de millions de personnes à travers le monde et en Suisse. Mais aujourd’hui nous faisons face à une maladie qui ne cesse de progresser et contre laquelle nous ne pouvons agir seuls : la crise profonde qui affecte notre système de santé et s’accompagne de dysfonctionnements croissants.

En effet, de plus en plus d’hôpitaux sont en déficit, le recrutement de personnel qualifié n’a jamais été plus compromis, le remplacement des médecins de premier recours installés en cabinet privé et qui prennent leur retraite est de plus en plus difficile et de nombreux acteurs de la santé quittent prématurément nos rangs. Avec le doublement du nombre des personnes âgées de 75 ans et plus dans les vingt prochaines années, un défi de taille nous attend : nous ne sommes clairement pas prêts à y faire face !

Lorsque vous vous rendez à l’hôpital, l’attente ne cesse de s’allonger et trouver un médecin de famille n’a jamais été aussi compliqué. Vos primes d’assurance (comme les nôtres) augmentent, et il est illusoire de penser que notre système d’assurance-maladie sous sa forme actuelle pourra continuer de rembourser les coûts exorbitants des traitements sans augmenter significativement les primes d’assurance à très court terme.

En même temps, le « marché » de la santé, lui, se porte très bien, et tel qu’il est organisé actuellement, il permet de générer des profits pratiquement sans restriction ou presque pour certains des acteurs du système. De plus, les assureurs disposent de moyens d’influence puissants pour s’assurer qu’à Berne, comme dans l’opinion publique, leurs intérêts ne soient que très marginalement remis en cause.

Si nous sommes convaincus que la santé n’est pas une marchandise, nous ne sommes pas des idéalistes et acceptons qu’il est illusoire de s’opposer totalement à l’émergence d’un marché de la santé. Il est temps cependant de le reprendre en main et de lui imposer des limites si l’on ne veut pas que le système s’effondre, au détriment des plus fragiles. Il n’est par exemple pas acceptable que l’accès à de nouveaux médicaments et à certaines technologies innovantes qui génèrent d’énormes profits ne soit plus garanti pour tous.

Il s’agit donc de se rappeler que chacun devrait avoir un accès égal à la santé et que le système de l’assurance est basé sur la solidarité, ceux qui sont épargnés par la maladie s’unissant pour soutenir les moins chanceux. Il s’agit également de redéfinir des priorités : Comment justifier par exemple que la prévention dans le domaine de la santé ne bénéfice que d’un soutien marginal ? Il s’agit enfin de revendiquer plus de clarté : à qui profitent les sommes astronomiques investies dans le système de santé ? La complexité de ce dernier n’est-elle pas utilisée comme prétexte pour éviter de faire apparaître en toute transparence que certains acteurs encaissent des sommes disproportionnées par rapport à d’autres ?

Cet engagement peut s’exprimer par le soutien à différentes causes, dont certaines sont mentionnées ci-dessous :

• Un mouvement de personnalités, d’associations de soignants et de consommateurs a lancé deux projets concrets, sous la forme d’initiatives qui s’attaquent au cœur du problème. La première concerne la gestion du financement social de notre système de santé par des acteurs commerciaux. Tant que ces acteurs auront la mainmise sur l’argent des payeurs de primes et une influence déterminante sur le Parlement, les réformes fédérales continueront d’accentuer le mal. La deuxième fait suite au constat qu’il faut reprendre un contrôle démocratique sur le nerf de la guerre, l’argent de l’assurance sociale, en instaurant enfin la transparence de gestion indispensable à toute action efficace. Des informations supplémentaires sur ces initiatives sont fournies sur les sites : http://www.primesplusjustes.ch, et http://www.stop-lobby-assureurs.ch.
• Les débats sur les rémunérations des médecins ont fait l’actualité récemment. Nous pensons qu’il est important d’étudier cette question de près de manière à ce qu’une petite minorité n’entache pas la réputation de la grande majorité par des pratiques inacceptables, et de proposer par exemple de favoriser un système de rémunérations privilégiant les soins coordonnés et interdisciplinaires.

• Une discussion sur la suppression de l’obligation de contracter de la part des caisses-maladies est déjà fortement engagée au niveau fédéral, activement soutenue par les lobbies concernés. Nous estimons qu’une telle suppression irait à l’encontre des intérêts de la population dans le domaine de la santé et qu’il est donc nécessaire de s’y opposer.

• Une révision de la Liste des Moyens et Appareils (LiMa) est en cours à l’Office fédéral de la santé publique. Elle devrait permettre de réduire considérablement le coût de différents appareils et moyens auxiliaires, et donc les coûts de la santé. Mais cette révision traîne depuis plus de deux ans sans résultats concrets. Il convient d’inciter l’OFSP à accélérer ses démarches.

Pour faire aboutir ces projets, et beaucoup d’autres à venir, nous avons besoin d’engagement militant. D’expérience, nous savons que l’accueil de ces propositions par la population est fantastique. Mais il faut aller à sa rencontre.

Merci de vous engager à nos côtés pour faire progresser cette cause et pour défendre les valeurs qui font l’essence de notre engagement professionnel

Lausanne, le 19 septembre 2018

Les engagés:
Bernard Borel, Médecin
Brigitte Crottaz, Médecin
Camille Aglione, Coordination médico-sociale
Chantal Bonnard, Médecin
Jacques Diezi, Médecin
Jacques Dubochet, Prof. Hon. Unil, Nobel de chimie
Jean-Pierre Guignard, Médecin
Philippe Conus, Médecin
Roland Philippoz, Infirmier
Roland Rimaz, Infirmier
Solange Peters, Médecin